Ton nom c’était Marie-Joséphine, mais on t’appelait Suzon

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Ce recueil peut être commandé chez "Les Lieux-Dits"
Zone d’art
2 rue du Rhin Napoléon
67000 Strasbourg
au prix de 7 €

Le loup bleu de la couverture a été dessiné par Haleh Zahedi.


EXTRAIT :

Ton nom c’était Marie-Joséphine,
mais on t’appelait Suzon.

Marie-Joséphine,
c’était pas un prénom pour le village,
ni pour la Cité HLM.
Au village, les femmes s’appelaient Marie tout court,
ou Jeanne ou Louise,
comme leurs grands-mères.
Elles ne portaient ni un prénom d’histoire de France
ni de danseuse de cabaret.

Marie-Joséphine,
un nom fait pour la grande ville,
pour une femme de notaire ou d’avocat.
Petite, déjà tu es devenue Suzanne
et, quand tu as marié le Jeantou,
qui était menuisier,
il t’a baptisée Suzon.

Notes de lecture :

Dans "Recours au poème", par Marilyne Bertoncini :

"Les Cahiers du Loup Bleu"

Une brochure de quelques pages, sous une couverture toujours identiquement illustrée d’une bande horizontale de forme variable sur la première de couverture, et d’un loup – bleu, évidemment – dont les traits sont dus à des artistes différents 1 – un pour chaque auteur. Une citation de Stephen Jourdain, en dernière page, précise l’intention de cette collection apparemment minuscule – apparemment seulement :

Un loup qui ne rejoint pas la forêt renie sa nature de loup. Un homme qui ne rejoint pas le bouleversant poème qui couve sous ses paupières renie sa nature d’homme.

Fondée en 2000, la collection des cahiers contient 16 titres, dont ceux de Jacques Goorma, qui inaugure la série, Alain Fabre-Catalan, Marc Syren, Anne-Marie Soulier… Modestes, les presque brochures proposent des textes très différents les uns des autres dont je retrouve, à l’occasion de celui qui vient de m’arriver, quelques titres dans les rayons.

Je feuillette en effet aujourd’hui les poèmes de Chantal Dupuy-Dunier, qui m’a offert “Ton nom c’était Marie-Joséphine, mais on t’appelait Suzon” (2ème trimestre 2018). Poésie d’un extrême dépouillement, les textes de Chantal touchent par leur simplicité : ici, la tentative de ressusciter, à partir de bribes, d’objets oubliés – de ces petits déchets qu’on oublie au fond d’un tiroir – le personnage clivé d’une femme au prénom trop aristocratique pour la vie qu’elle mène – vie mélancolique qui n’en fait pas une Madame Bovary, mais une personne parfaitement intégrée, dont personne ne comprend la confuse douleur d’être deux en elle et que retrace une narratrice toute en empathie pour son personnage, dont on retient ce passage :

(…) Ta fille m’a donné tes corsages.

Je n’ose les porter,

comme si un sortilège pouvait soudain

me transformer en quelqu’un d’autre.

Vêtements magiques pendus sur des cintres

pour conserver quelque chose de ton corps,

Protégeaient-ils la peau de Marie-Joséphine

ou celle de Suzon ?



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