La langue du pic vert, ROMAN

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La langue du pic vert, ROMAN


La langue du pic vert (éditions La Déviation)
Paraîtra en librairie le 24 août 2021.
288 pages - 20 euros
9791096373376
Diffusion CED - Distribution Pollen
En librairie le 24 août.

Cronce, le village où Denis Langlois et moi, avons vécu pendant plus de dix ans, et auquel j’ai déjà consacré deux recueils de poésie, tient une place importante dans ce livre.
La première phrase du roman a été inspirée par une visite faite à la Maison des oiseaux et de la nature du Haut-Allier de Lavoûte-Chilhac.

- "Livres Hebdo" a distingué mon premier roman dans son numéro spécial Rentrée littéraire.

La première phrase du livre : "Le pic vert enroule sa langue autour de son cerveau pour le protéger contre les trépidations quand il fore les arbres" est en effet considérée comme l’une des trois meilleures premières phrases, parmi les premiers romans de cette rentrée 2021.

- La langue du pic vert est dédié à ceux dont le rêve est appelé folie. "Sous la plume de Chantal Dupuy-Dunier, tout fait signe". Les quatre premiers chapitres sont visibles dès maintenant dans les bonnes feuilles d’Actualitté.com

"PUBLIÉ LE :

09/07/2021 à 09:00

La rédaction

ActuaLitté https://actualitte.com/article/101327/avant-parutions/la-langue-du-pic-vert-de-chantall-dupuy-dunier-de-vos-folies-faites-vos-reves

Il y a la mère, morte en mettant Sylvain au monde, le père atteint d’Alzheimer, mais aussi Stanislav, l’ami arménien, une jeune fille aux yeux de pluie, un apnéiste, un boulier chinois, une grenouille cendrier, un précis d’ornithologie, des ouvrages sur l’ésotérisme hindou, une ville du Sud, un village d’Auvergne, une grue de chantier et un pic vert, des pics verts…

Magie des mots, richesse des images, histoire émouvante et personnages attachants, au service d’un sujet universel : comment faire face à l’angoisse de la mort ?

Les éditions La déviation et ActuaLitté vous proposent d’en découvrir les premières pages, en attendant sa parution le 24 août prochain :

Chantal Dupuy-Dunier, née à Arles en 1949, vit en Auvergne. Elle a travaillé comme psychologue en hôpital psychiatrique. Elle a publié une trentaine d’ouvrages parmi lesquels Mille grues de papier (Flammarion), Un n’oiseau, des z’oiseaux (Motus), Creusement de Cronce (Voix d’encre). Elle a reçu le Prix Artaud pour Initiales (Voix d’encre).

Sa poésie aborde frontalement les questions existentielles, la vie, la mort, le temps. Les oiseaux et le village auvergnat de Cronce en sont des motifs récurrents que l’on retrouve dans ce premier roman.

Créée en 2017 par Michel Lebailly, ancien libraire, La Déviation est une maison d’édition installée dans la Creuse. Portée par l’amour de la littérature et des livres, elle a publié une trentaine de titres."

Dossier - Romans de la rentrée littéraire 2021 : parcourir les bonnes feuilles sur le site. "

- Sur le blog de Philippe POISSON :

Blog de liaison avec "Culture et Justice". Destiné à publier principalement les portraits du jour des écrivains, historiens, artistes, etc. Culture et justice rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice. Histoires, romans, portraits du jour, salon de livres... Page indépendante sans but lucratif administrée par Philippe Poisson et Camille Lazare, membres de l’association Criminocorpus

La langue du pic vert de CHANTAL DUPUY-DUNIER
12 Juillet 2021

La langue du pic vert : un début remarqué

Livres Hebdo a distingué le roman de Chantal Dupuy-Dunier dans son numéro spécial Rentrée littéraire.

La première phrase du livre : "Le pic vert enroule sa langue autour de son cerveau pour le protéger contre les trépidations quand il fore les arbres" est en effet considérée comme l’une des trois meilleures premières phrases, parmi les premiers romans de cette rentrée 2021 :

Il serait dommage d’en rester là. Voici par exemple les premières phrases du chapitre 2 :

"S’appeler Sylvain Breuil n’est pas sans risque. La double étymologie sylvestre - en vieux français breuil signifie bois - récèle bien des dangers. On passe facilement de forêt à foré."

Avec La langue du pic vert la poétesse Chantal Dupuy-Dunier, publie un premier roman magistral, Elle manie en virtuose le jeu du langage dans un récit mystérieux sur un sujet universel : comment faire face à l’angoisse de la mort ?

La langue du pic vert est dédié à ceux dont le rêve est appelé folie. Sous la plume de Chantal Dupuy-Dunier "tout fait signe". Les premiers chapitres sont visibles dès maintenant dans les bonnes feuilles d’Actualitté.com.

- Par JEAN-PAUL GAVARD-PERRET, cette chronique parue le 11 juillet sur lelitteraire.com

Chantal Dupuy-Dunier, La langue du pic vert (Rentrée littéraire 2021)

http://www.lelitteraire.com/?p=72406&fbclid=IwAR1hspkcH69ibN-WX9_qRltmbWeRB4y1pFHlBFEhzLxAZxcxn7cfqb5pP98

Etre

C’est à par­tir d’une phrase d’un guide de musée : “Le pic vert enroule sa langue autour de son cer­veau pour la pro­té­ger contre les tré­pi­da­tions quand il fore” que Chan­tal Dupuy-Dunier a trouvé son illu­mi­na­tion pour ce roman.
Il devient le point de départ d’une recherche de l’invulnérabilité et de l’immortalité.

Tout pour­tant n’est pas simple dans ce qui se veut un rêve qui appelle d’autres folies au sein de celles des hommes, ces “oiseaux de pas­sage” selon la for­mule de Sha­kes­peare que l’auteur cite en inci­pit.
A par­tir de là, tout un monde baroque s’anime entre des parents dis­pa­rus d’une manière ou d’une autre, une jeune femme “aux yeux de pluie”, un cen­drier gre­nouille que l’on trou­vait sou­vent jadis dans les bars, un vil­lage d’Auvergne et bien d’autres élé­ments sans oublier les pics verts.

Ce livre sai­sit par son mys­tère et sa langue qui se veut accom­plis­se­ment d’une chan­son de geste sal­va­trice là où l’extérieur et l’intérieur se mêlent en un conglo­mé­rat qui n’a rien de pâteux mais qui, à l’inverse, trans­forme le roman en une bonne folie répa­ra­trice et sur­réa­liste d’un héros (Syl­vain Breuil) pris de ver­tige.
Par sa tech­nique et son ima­gi­naire, la roman­cière (et poète) ne cesse de jouer sur les varia­tions des agen­ce­ments qui per­mettent par­fois le dépla­ce­ment de la fic­tion à tra­vers ses acci­dents de parcours.

Tout pour elle devient le moyen de par­tir du monde et du moi afin de fon­der un lan­gage obs­tiné dans des formes qui touchent sou­vent à un épique et un lyrisme par­ti­cu­liers plein d’humour au second degré.

Jean-Paul Gavard-Perret

Chan­tal Dupuy-Dunier, La langue du pic vert, édi­tions La dévia­tion, 2021, 288 p. — 20,00 €.

BY JEAN-PAUL 2 | 15 JUILLET 2021 · 8 H 50 MIN↓ Jump to Comments
Assurance sur la vie : entretien avec Chantal Dupuy-Dunier (La déviation)

Assu­rance sur la vie

Chan­tal Dupuy-Dunier a osé l’aventure (réus­sie) de la fic­tion à 71 ans. Mais elle avait der­rière elle un sacré back­ground poé­tique qui nour­rit sa fic­tion de la matu­rité. La connais­sant, elle dirait sans doute que cette matu­rité est déjà bien enta­mée. Mais son roman garde une ala­crité contre la mort que l’on se donne ou qui — en cas d’oubli — nous est don­née.
Et si dans son roman existent bien des dis­pa­rus, le songe exige l’appel de bien des nuits d’été face à la folie des hommes. Le tout dans un monde baroque que la langue méta­mor­phose en des jeux sub­tils et drôles du dedans et du dehors. Si les prix lit­té­raires étaient justes, ce roman méri­te­rait un des plus grands.

Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La satis­fac­tion de consta­ter que je ne suis pas morte pen­dant la nuit. Cette pen­sée est suf­fi­sam­ment motrice pour que je pose un pied par terre, puis deux, en me disant qu’il ne faut pas trop perdre de temps pour pro­fi­ter de la journée.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Cer­tains se sont réa­li­sés, comme deve­nir écri­vaine. D’autres non bien sûr, la vie n’est pas tou­jours un long fleuve tranquille.

A quoi avez-vous renoncé ?
Au long fleuve tranquille.

D’où venez-vous ?
Je suis née en Arles. Cela per­met d’entendre « néant » dès le départ, il n’y a aucune trom­pe­rie sur l’issue de l’aventure !

Qu’avez-vous reçu en “héri­tage” ?
La somme des écrits qui m’ont pré­cé­dée dans toutes les civi­li­sa­tions. L’héritage cultu­rel immense, fas­ci­nant, accu­mulé dans tous les pays pen­dant les siècles passés.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Un carré de bon cho­co­lat noir.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres écri­vains ?
Peut-être publier un pre­mier roman à 71 ans, après une tren­taine d’ouvrages de poésie.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Celle de mon pre­mier chat, Bayard, tué d’un coup de fusil pour avoir attrapé des colombes dans une volière.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Mon pre­mier livre sans images : « L’histoire d’une toute petite fille » Elle s’appelait Mili-Mali-Malou. Avant, il y avait eu des albums du Père Cas­tor et des contes.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Je n’en écoute pas autant que je le vou­drais, prise sur­tout par l’écriture et la lec­ture. J’aime des choses très diverses : du jazz, les chan­sons à texte (Bras­sens, Gui­doni, Bar­bara, Brel, Juliette…), les vieilles chan­sons fran­çaises, des chants révo­lu­tion­naires, etc.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« La Peste » de Camus. Cela n’a rien à voir avec l’actuelle pan­dé­mie ; je le relis envi­ron tous les dix ans.

Quel film vous fait pleu­rer ?
« La Strada » de Fel­lini, en par­ti­cu­lier. Giu­lietta Masina est si émou­vante, Anthony Quinn a une telle présence.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Il paraît que c’est moi.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
En règle géné­rale, j’ose toujours.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Cronce, un minus­cule vil­lage de la Haute-Loire où j’ai vécu pen­dant onze ans avec mon mari, écri­vain lui aussi. Ce lieu réel est devenu mythique pour nous. Il m’a déjà ins­piré deux recueils de poé­sie « Creu­se­ment de Cronce » (Voix d’encre) et « Pluie et neige sur Cronce Miracle »(Les Lieux-Dits). La tri­lo­gie sera close avec « Cronce en corps ». Il appa­raît éga­le­ment dans « Éphé­mé­ride » (Flam­ma­rion). Il tient aussi une place impor­tante dans « La langue du pic vert », mon pre­mier roman (La Dévia­tion).

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Sur­tout des poètes, clas­siques et contem­po­rains. Je lis essen­tiel­le­ment de la poé­sie : Bau­de­laire, Roger Gilbert-Lecomte, Renée Vivien, Gabrielle Althen et tant d’autres que j’admire. Mais j’aime aussi, sans oser dire que je me sens proche d’eux car ils ont à mes yeux un talent inat­tei­gnable : des roman­ciers comme Her­man Mel­ville, Romain Gary, Yves Navarre, Patrick Süs­kind, Gabriel Gar­cia Már­quez, Colette, Gabrielle Witt­kop.
Mes peintres pré­fé­rés, très dif­fé­rents : Van Gogh et Dali.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un petit séjour dans une auberge de cam­pagne ou de mon­tagne, un bal­lo­tin de très bons cho­co­lats noirs et un bou­quet de roses jaunes.

Que défendez-vous ?
La jus­tice sociale, les Droits de l’homme, la paix.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas” ?
À dire vrai : pas grand-chose. J’ai une maî­trise de psy­cho­lo­gie et ai fait une psy­cha­na­lyse, mais Lacan est resté obs­cur pour moi. Je pré­fère Freud, à l’écriture si vivante.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
J’adore ! Le genre de phrase que j’aurais aimé écrire.

Et si le cœur vous en dit celle de Via­latte : “L’homme n’est que pous­sière c’est dire l’importance du plu­meau” ?
J’adore aussi ! Et Via­latte en Auvergne, où j’habite, est, à juste titre, aussi impor­tant que le plu­meau.
J’aime l’humour décalé, l’humour à tous les degrés, l’humour noir, l’autodérision. Pour moi, c’est une phi­lo­so­phie. Je ne conçois pas une vie sans humour, sans rire. C’est ce qui per­met à l’homme de prendre la dis­tance néces­saire, sal­va­trice, avec tout ce qui ne va pas dans son existence.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Êtes-vous vaccinée ?

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par Jean-Paul Gavard-Perret pour lelitteraire.com, le 14 juillet 2021.

- Par FRED LACOSTE, Interview dans "LE COURRIER DE LA GIRONDE" du 20 août 2021 :

LE PIC VERT, « UNE MÉTAPHORE DE L’EXISTENCE » :
Les éditions La Déviation publient « La langue du pic-vert », de Chantal Dupuy-Dunier. Un roman fort, qui pose la question universelle : « Comment faire face à l’angoisse de la mort ? »

Courrier de Gironde : Depuis la parution de La Contrebandière des Sorgues au début des années 1990, vous avez écrit une trentaine de recueils poétiques. Et voici que vous vous apprêtez à publier votre premier roman, La Langue du pic vert…

Chantal Dupuy-Dunier : J’ai longtemps porté en moi cette histoire. Ce récit, qui paraît au premier abord comme une pure fiction, est en réalité alimenté par de nombreux éléments biographiques. Le personnage central, Sylvain Breuil, a vécu un drame familial : sa mère est morte en le mettant au monde. Ma mère, elle, a failli mourir quand elle a accouché de moi. Le simple fait de le savoir a eu une influence sur moi, c’est quelque chose de difficile à porter. L’histoire de Sylvain est aussi celle d’une folie, même s’il ne la vit pas comme telle. Mon père était quelqu’un de maniacodépressif, un « fada » comme on dit dans le Sud – je suis native d’Arles. Et cela n’est sans doute pas un hasard si j’ai travaillé comme psychologue dans un hôpital psychiatrique… Bref, il me paraissait évident que l’histoire que je voulais raconter ne pouvait être abordée que dans la forme du roman. Le déclic a eu lieu lors d’une visite dans un petit musée de la Ligue de Protection des Oiseaux, lorsqu’un guide a prononcé une phrase au sujet du pic-vert : « Le pic-vert enroule sa langue autour de son cerveau pour le protéger contre les trépidations quand il fore les arbres. » C’est d’ailleurs ainsi que commence mon roman.

C.G. : Cette description pourrait-elle constituer une sorte d’idéal poétique ? À savoir que la langue soit totalement connectée au cerveau, au point que l’écrivain n’ait plus qu’à « forer » la matière du réel pour y trouver sa « nourriture » ?

C.D.-D. : Il y a bien une métaphore de cet ordre-là, oui. Mais au-delà de l’acte poétique en lui-même, je pense qu’elle peut s’appliquer avant tout à l’existence. Nous vivons une vie soumise à des agressions de toutes sortes. Et cette façon très particulière qu’a le pic vert de se prémunir contre les trépidations qu’il génère peut être perçue comme une allégorie liée à un besoin vital de protection.

C.G. : L’oiseau est un thème récurrent dans vos livres, que ce soit dans Mille grues de papier, Un n’oiseau des z’oiseaux, Des ailes…

C.D.-D. : L’oiseau est un sujet qui traverse la littérature, sans doute depuis ses origines. Je pense que c’est avant tout sa capacité à l’envol, cet essor, cette aspiration vers le haut qui fascine l’homme. Il y a là quelque chose de magique pour nous qui sommes rivés au sol, quand bien même nous pouvons prendre l’avion. Dans mon écriture, il est vrai que l’oiseau revêt une grande importance, même s’il n’est pas toujours question de la grâce du vol, mais de choses plus douloureuses. Dans Mille grues de papier, par exemple, il s’agissait pour moi d’évoquer l’histoire de cette petite Japonaise, Sadako Sasaki, décédée d’une leucémie à l’âge de douze ans après avoir été irradiée à Hiroshima et qui pliait des grues selon l’art de l’origami pour ne pas mourir.

C.G. : Quel est votre oiseau préféré ?

C.D.-D. : Cela évolue avec le temps. J’en ai fréquenté beaucoup à l’époque où je vivais à la campagne, de 2001 à 2011. J’y ai notamment admiré de superbes rapaces, comme le circaète Jean-le-Blanc, qui s’attaque aux vipères. Désormais, j’habite en ville, mais il suffit de lever la tête pour voir des oiseaux : des corbeaux, des pies, des hirondelles… Je suis particulièrement fascinée par le ballet des martinets au printemps. J’ai également une prédilection pour les grues, mais cela relève davantage de la symbolique, car je n’en ai jamais vu.

C.G. : Et le pic-vert dans tout ça ?

C.D.-D. : Comme mon personnage, j’ai eu un coup de foudre pour lui, il est un révélateur de l’ordre du fantasme. Je dis souvent que nous sommes jetés dans la vie comme des boules de flipper, sans savoir où nous allons nous retrouver ni ce qui nous attend. Nous sommes inévitablement confrontés à l’angoisse de mort, et face à elle, chacun fait ce qu’il peut. Sylvain, lui, va tenter de prendre le pic vert comme modèle afin d’affronter la maladie et la mort.

C.G. : Quel est le poète qui parle, selon vous, le mieux de l’oiseau ?

C.D.-D. : J’aime bien le poème de Prévert, Pour faire le portrait d’un oiseau, où il ne s’agit pas d’une espèce en particulier. C’est à la fois très accessible et très original.

« La Langue du pic-vert », de Chantal Dupuy-Dunier (éditions La Déviation), 284pp, 20 €, parution le 24 août 2021.

- Dans "LA CAUSE LITTERAIRE" : La langue du pic vert, Chantal Dupuy-Dunier,
Ecrit par YASMINA MADHI 27.08.21 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman
https://www.lacauselitteraire.fr/la-langue-du-pic-vert-chantal-dupuy-dunier-par-yasmina-mahdi

La langue du pic vert, Chantal Dupuy-Dunier, éditions La Déviation, août 2021, 284 pages, 20 €

"Le discours aux oiseaux"

La langue du pic vert, le premier roman de Chantal Dupuy-Dunier, traite de la volonté d’un jeune homme d’élaborer un langage crypté et un discours aux oiseaux. Ainsi, Sylvain Breuil, le héros – « s’il vint » du « bois », – se trouve en lien avec le monde sylvestre, par hétéronomie, dans le sens où l’entend Kant, c’est-à-dire dans une dépendance à l’égard de mobiles pathologiques sensibles ou d’une loi extérieure. Ici, il est dépendant d’une passion ornithologique, qui n’était prédestinée ni par son milieu ni par ses études. Son intérêt pour l’univers des picidés prend forme durant le commencement de l’amnésie de son père. Pour Sylvain, cette préoccupation fébrile vient combler le néant de la maladie d’Alzheimer, et encore le néant et l’absence de sa mère morte en couches.

Comme dans le film de Jean-Claude Brisseau, De bruit et de fureur, quand après le décès de sa grand-mère, Bruno trouve un serin mort et se rend chez son père où un faucon lui apparaît, un compagnon dans le chaos, ici, ce sont de pacifiques pics verts qui traversent les murs, « un carrousel » de « pics verts » qui émerge du rêve éveillé de Sylvain. Quelque chose creuse obstinément le cerveau détraqué de Julien Breuil, le père, lui perfore la mémoire comme le bec de l’oiseau marteleur, « l’oiseau obsessionnel », qui creuse l’écorce épaisse pour y trouver sa subsistance. Tandis que Julien Breuil se décompose, Sylvain se recompose un univers autonome, joint à une rencontre étrange avec Stanislas Berghezian, un étudiant arménien, originaire d’Istanbul, qui bégaie. Les occupations sommaires dans la cité, puis au sein d’une famille paysanne à Cronce, sont entrecoupées d’hallucinations. Sylvain est un mystère pour ses proches, oncle, tante et nièces auvergnats.

Chantal Dupuy-Dunier s’immisce dans l’esprit et l’entendement du jeune garçon, le suit à la trace dans un paysage redevenu sauvage suite à l’exode rural, et lors de ses interprétations de phrases à l’ambiguïté syntaxique. La forêt est le domaine sacré de Diane, la déesse de la chasse, de la guerre et de la nuit dans la mythologie romaine, assimilée à Artémis dans la mythologie grecque. Fille de Jupiter et sœur jumelle d’Apollon, dieu du Soleil, elle souhaite rester vierge à perpétuité après avoir assisté à l’accouchement de son frère. Armée d’un arc, de flèches et court vêtue, elle vit dans les forêts et clairières, à la lisière entre le monde sauvage et civilisé. Elle initie dans ce lieu les jeunes hommes. Tel est le destin de Sylvain Breuil, qui subit un enchantement, loin de l’accomplissement du désir charnel, dans l’ombre de lui-même comme Diane restant dans l’ombre de la forêt.

Le pic vert, lui, vit à la verticale et recommence infatigablement son éternelle besogne, protège son cerveau de sa propre langue contre les trépidations de son bec. Sylvain, lui, pourchasse l’oiseau énigmatique, vagabonde à travers la nature, parle peu, et emprunte une trajectoire qui ressemble à une dérive debordienne, telle que l’analyse Pierre Macherey, « dérive [qui] vise à transformer et non seulement à réenchanter idéalement la réalité présente. (…) À mesurer l’importance de cette thématique de l’espace, sur un plan à la fois esthétique, éthique et politique, on est conduit à avancer que les diverses manifestations de la démarche situationniste se rapportent initialement à l’effort en vue d’investir l’espace, et par ce biais de le transformer, afin de l’arracher à la structure d’enfermement et de domination qui l’a importunément envahi et infecté, en particulier par l’intermédiaire des contraintes et des divisions liées à l’obligation de travailler » (La philosophie au sens large, 23 juin 2016). Sylvain, asocial, fuit la trivialité du réel et élabore un espace symbolique, évolue dans un univers parallèle, dans lequel « le soleil a un ventre rond, une coiffe rouge et le ciel est d’un vert presque phosphorescent ». Du reste, l’oiseau s’anthropomorphise « avec son béret rouge et ses bacchantes noires ». Sylvain Breuil reconnaît également, à l’instar de François d’Assise, la « grâce » et la « simplicité » de « créatures » qui n’ont « ni à semer, ni à moissonner » (Le Sermon aux oiseaux).

La plasticité du style de l’auteure crée un sujet fantasmagorique au comportement quasi autiste et au langage crypté. La langue du pic vert est un grand roman sur la folie, qui n’est pas sans rappeler le terrifiant Zombi de Joyce Carol Oates.

Yasmina Mahdi

La poétesse Chantal Dupuy-Dunier est l’auteure d’une trentaine d’ouvrages, dont Initiales (éditions Voix d’encre) qui lui a valu le Prix Artaud en 2000. Elle a exercé comme psychologue dans un hôpital psychiatrique de Clermont-Ferrand.

- Par FLORENCE BALESTAS, sur le blog VERSION LIBRE du samedi, août 28, 2021
"La langue du pic vert", de Chantal Dupuy DUNIER (France)

Voici un très beau récit poétique, sensible et fantastique.
L’histoire ? Sylvain Breuil est un jeune homme solitaire, étudiant en langue anglaise au début du roman, dont la mère est morte au moment de sa naissance, et dont le père est atteint de la maladie d’Alzheimer.

Elève sans histoire, enfant particulièrement docile, il n’aurait rien d’original si ce n’était que, à l’occasion d’un visite à la Maison de la Ligue pour la Protection des Oiseaux en Auvergne, il n’était tombé en arrêt sur une phrase prononcée par le guide ornithologique qui va faire basculer son destin : « le pic-vert enroule sa langue autour de son cerveau » - une révélation.

C’est le début pour Sylvain d’une étrange passion pour cet oiseau étonnant, ces pics épeiches ou pics bigarrés, à la musculature de la boite crânienne insolite, destinée à le prémunir des chocs répétés lorsqu’il frappe le tronc d’un arbre. Cette passion le distrait des soucis que lui cause son père, de plus en plus sujet à des trous de mémoire et à de curieux comportements – jusqu’à qu’il ne soit plus possible de partager le même appartement.

L’histoire serait plutôt banale et on aurait pu tomber sur une histoire triste et commune si l’autrice ne nous avait pas réservé quelques surprises.

L’une d’entre elle fait basculer le récit dans une fable poético-fantastique : Sylvain, installé seul dans son salon, voit soudain apparaître un pic vert sortir du mur, puis traverser la pièce et ressortir par le mur opposé sans jamais le fracasser, et bientôt il est suivi par d’autres dans un ballet magique et très bien orchestré.

L’évènement se répète tous les soirs entre 22h et 23h précisément, et Sylvain n’en parle à personne de peur de trahir un secret et de voir les pics verts s’envoler.

C’est aussi à cette période qu’il fait la connaissance de celui qui deviendra son unique ami, Stanislav, un Arménien venu étudier les Mathématiques, qui est par ailleurs doté d’un fort bégaiement.

L’originalité du roman de Chantal Dupuy-Dunier réside dans l’introduction de la poésie dans le récit - l’autrice est en effet surtout connue pour ses nombreuses publications en poésie – et elle réussit ici à ponctuer son récit de recherches poétiques : Sylvain décompose des mots en mode syllabique, pour tenter de percer le mystère du langage et de la langue du pic vert à partir de ses sonorités.

On suit ainsi le travail du poète comme si nous étions en train de composer une œuvre rythmique.

Pendant ce temps Stanislav, en véritable ami qui prend soin de Sylvain, lui offre un boulier exotique qui va lui permettre de rythmer ses phrases en une série de scansions sonores.

L’été arrive. Les deux étudiants vont se séparer et Sylvain va rejoindre son Auvergne natale, dans le petit village de Cronce, chez son oncle Roger. Malheureusement les pics verts du salon de la ville ne l’ont pas suivi. Mais Sylvain va trouver dans cette campagne environnante de quoi satisfaire sa soif d’en savoir plus sur son oiseau fétiche : avec ténacité il suivra les traces d’un pic épeiche et découvrira comment vit un oiseau sauvage dans son environnement naturel.

Stanislav aura plus tard une compagne, Patricia, et Sylvain lui aussi nouera une relation avec une dénommée Françoise Vergne, perçue dans un premier temps comme une ambassadrice privilégiée des pics verts. Mais rien ne se passera simplement pour ce garçon solitaire et si particulier…

« La langue du pic vert » est un récit original, qui mêle le merveilleux et la mélancolie. L’écriture y est fluide et le vocabulaire choisi et précis. Mais c’est surtout l’introduction de ces formes poétiques où le personnage principal tente de retranscrire phonétiquement les sons d’un oiseau qui en fait l’originalité.

La femme poète affleure souvent sous la romancière, ce qui agrémente de façon très inédite à ma connaissance ce récit d’une passion pour un oiseau sur lequel on apprend beaucoup : une jolie bouffée d’oxygène pour nous les urbains qui fait beaucoup de bien.

- DENIS HEUDRE : Chronique sur Babelio :

Il y eut Birdy, d’Alan Parker, tiré d’un roman de l’écrivain américain William Wharton ou quand le rêve devient folie. Pouvoir voler comme un oiseau à toujours été présent dans l’esprit de l’homme. Être en capacité à communiquer avec les animaux également. La recherche de l’envol est pareillement une constante chez les poètes, et Chantal Dupuy-Dunier, poète à la trentaine d’ouvrages édités, qui publie La langue du pic vert, son premier roman, aux éditions La déviation, y multiplie les métaphores.
Né dans la mort de sa mère, Sylvain vit avec son père atteint de la maladie d’Alzheimer. Son secret à lui, n’est pas un jardin mais un bois auvergnat où il a un rendez-vous avec un pic vert, fasciné par les coups de bec qu’il martèle dans le tronc d’un vieil arbre. La terre d’Auvergne, que l’autrice connaît bien, fait à cette histoire un écrin d’authenticité.
Les lecteurs de Bernard Werber y trouveront sans doute quelques similitudes dans le côté ésotérique de cette relation avec le monde animal, mais chez Chantal Dupuy-Dunier la poésie est toujours en filigrane dans cette sortie du réel.
Ce roman, très bien écrit, évoque le plaisir de l’observation, de l’attente, du temps long de l’approche. La patience. Le besoin de retrouver le lien avec le vivant qui nous entoure avec une « ambassadrice des oiseaux » et quand « Sylvain réussira à conjoindre les propriétés de l’encéphale humain et celles du crâne de l’oiseau extraordinaire. »
Chantal Dupuy-Dunier, poéte, glisse dans ce roman quelques étincelles de poésie « Ailes, Elle / à la clarté des jeunes filles en pluie ». Le lien entre poésie et mathématiques y est également évoqué. Jacques Roubault ne démentira pas Chantal Dupuy-Dunier quand elle affirme "la science et la poésie entretiennent des relations qui, si elles ne sautent pas aux yeux du profane, n’en sont pas moins étroites".
Plus qu’une intrigue, c’est un glissement agréable qui s’opère dans cette lecture. Une progression fluide dans la quête de Sylvain vers une forme d’immortalité, pour rejoindre éternellement « L’oiseau étincelant qui s’appelle jeunesse » qu’évoquait Omar Khayyâm.
La langue du pic vert
Chantal Dupuy-Dunier
Editions La déviation
284p, 20 €

- PIERRE GUELFF, chronique radiophonique sur "FREQUENCE TERRE" :
La langue du pic vert, voici un roman que l’on n’est pas près d’oublier à l’issue des 280 pages écrites par Chantal Dupuy-Dunier aux Éditions la déviation, tout comme Sylvain qui, en visitant une Maison de la Ligue pour la Protection des Oiseaux entendit ces mots prononcés par le guide : « Le pic vert enroule sa langue autour de son cerveau pour le protéger contre les trépidations quand il fore les arbres. »

Outre une superbe et très symbolique illustration de couverture, cette phrase ne pouvait, aussi, qu’attirer l’attention de l’auteure qui travailla comme psychologue en hôpital psychiatrique et de fournir un titre particulièrement prégnant à son ouvrage : La langue du pic vert.

Que je vous résume : si cet oiseau fabuleux possède une langue extraordinaire, Sylvain va connaître une destinée tout aussi hors du commun. Il n’a pas connu sa mère, Martine, morte en lui donnant la vie, très lourd « héritage » à porter : « Comment peut-on naître d’une morte ? »

Et puis son père, Julien, qui, à 46 ans, commence à embrouiller ses idées, confondant mardi avec dimanche, oubliant l’endroit du stationnement de son véhicule, se rendant à son boulot alors qu’il n’y est pas attendu, en d’autres mots, c’est la déchéance, encore une situation très lourde à supporter pour Sylvain : « Papa, c’est mon anniversaire. » Papa ne répond rien.

À deux, ils vont sur la tombe de Martine, endroit quasiment inconnu du fils. Il ne connaît pas le chemin qui mène à la sépulture. Julien, oui. Pareil à un automate, il va s’asseoir sur le bord du caveau et, comme un mantra, répète « Il ne faut pas renverser la bruyère ! »

Parallèlement, Sylvain fréquente une bibliothèque, il écrit quelques poèmes, manipule un boulier chinois, ah ! pourquoi cet objet tient-il une certaine place dans le roman ? Tout comme Stanislav, d’ailleurs…

Le jeune homme recherche un emploi, son père étant placé au « Cloître », une institution adaptée à son état, il devient agent de service dans l’hôpital où, justement, Julien travailla.

Il se met à lire des ouvrages consacrés au Râja-yoga, ensuite, comme une suite parfaitement tracée par le Destin, il désire ardemment se promener dans les bois « afin de rencontrer son oiseau totem ».

Alors, cette recherche s’apparente à une quête initiatique qui, vers la fin, fait même, chose rarissime, rire Sylvain aux éclats, « un rire qui ressemble à celui du pic vert ».

L’éditeur de ce roman spécifie que « la poétesse Chantal Dupuy-Dunier manie en virtuose le jeu du langage. Mystérieux et original, son premier roman est dédié à ceux dont le rêve est appelé folie. »

Pour ma part, je termine cette chronique par une citation de Jean Jaurès : « Les progrès de l’humanité se mesurent aux concessions que la folie des sages fait à la sagesse des fous. »

- Article de CATHERINE SIMON, paru dans "LE MATRICULE DES ANGES" de septembre 2021 :


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