Cronce en corps

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" Du mouvement et de l’immobilité de Cronce, en corps..."

Ce recueil est le dernier du triptyque poétique consacré au petit village de Cronce (Haute-Loire), réel, où nous avons vécu pendant onze ans, devenu mythique pour moi.
Il est publié par les éditions des Lieux-Dits (Germain Roesz, Zone d’art, 2 rue du Rhin-Napoléon 67000 Strasbourg), dans la collection "Parallèles croisées", dirigée par Arnoldo Feuer.
Il est accompagné de 17 monotypes originaux et d’une vignette de couverture réalisés par Michèle Dadolle.
Voir également "Creusement de Cronce" (Voix d’encre, 2007) et "Pluie et neige sur Cronce Miracle" (Les lieux-Dits, collection "2 rives", 2015), avec des encres de Michèle Dadolle, les deux premiers recueils du triptyque.
On retrouve aussi le village de Cronce dans "Des ailes" (Voix d’encre, 2004), "Un n’oiseau, des z’oiseaux" (Motus, collection "Mouchoir de poche", 2008), "Ephéméride" (Flammarion, 2009) et "La langue du pic vert", ROMAN (La Déviation, 2021).

Des photos de Cronce sont visibles dans le portfolio de "Creusement de Cronce", en bas de page.

"Mes yeux ne te reverront jamais,
ma vision intérieure n’en sera que plus fidèle.
L’espace s’est arrêté où tu t’es incarnée pour nous,
dans une vallée humide ensemencée de mots.

Nos mains se liaient, ardentes,
mes lèvres se multiplaient."


"Une maison restait debout,
c’était la nôtre...
Je vis toujours entre les pages de ses murs.

Cette maison
c’était Cronce à l’intérieur de Cronce,
le coeur pulsatile qui irrigue encore nos corps."

Une oeuvre de Michèle Dadolle (reproduction interdite) :

"Milliers d’oiseaux-feuilles,
cellules aériennes.
Mon sein palpite de nouveau,
mais loin de toi.
C’est le sort qui me fut jeté.
Quelqu’un plantait des aiguilles
dans la poitrine d’une poupée à mon image."


Moi, sur la route des crêtes, au-dessus de Cronce.


Moi, écrivant dans la cour.

- Et bientôt :
, avec Lionel Michel, qui nous accompagnera au violoncelle.

- 9, 10 et 11 juin : Marché de la poésie, Place Saint-Sulpice à Paris.

- Le vendredi 17 juin, à 19 heures, c’est à la librairie Grenouille de Langeac, à 20 km de Cronce, que je présenterai ce recueil et mon roman.

- Dimanche 28 août : Dédicace aux "Hauvergnales" de Trizac (Cantal).

- Les samedi 24 et dimanche 25 septembre, je signerai "Cronce en corps" et "La Langue du pic vert" au salon du livre de Prades (Haute-Loire).

- Première chronique sur l’excellent site "L’écritoire des muses, animé par ANNIE FOREST-ABOU MANSOUR :

https://www.lecritoire-des-muses.fr/cronce-en-corps/

"Une aventure poétique"

Cronce en corps plonge le lecteur dans une véritable aventure poétique avec des poèmes inspirés et inspirants, à fleur de peau, à fleur de terre, créateurs d’une réalité nouvelle, inattendue, concrétion du désir d’union totale, de symbiose magique entre la poétesse Chantal Dupuy-Dunier et son village de cœur.

Un lieu privilégié

Le nouveau recueil poétique Cronce en corps de Chantal Dupuy-Dunier offre une succession de courts poèmes, alternant longs et brefs vers libres, concrétisation du souffle énonciateur déambulant sur les sentiers des souvenirs de Cronce : petit village de Haute-Loire, lieu privilégié pour la poétesse où son mari et elle ont vécu onze années.

Le village aimé, vénéré, a désormais été abandonné : « Je t’ai quittée, Cronce, sans me retourner », « Sans me retourner, / pour que tu puisses exister encore ». Il a été quitté sans un regard pour qu’il ne se dissipe pas comme Eurydice aux yeux d’Orphée. Avec un accent d’un lyrisme tout personnel, empreint d’une douce nostalgie, la poétesse interpelle ce territoire, l’immortalise dans des souvenirs d’une intense netteté : « Mes yeux ne te reverront jamais, / ma vision intérieure n’en sera que plus fidèle ». Village réel devenu mythique, s’unissant à elle, devenant elle, elle devenant lui : « Ta peau, qui recouvre les os de la vallée, / est devenue mienne ». Hommage à ce charmant village, les poèmes, liés entre eux par l’entrecroisement des fils et des fibres de la vie, du corps et de la nature, remontent aux temps anciens (« Voix anciennes de femmes charriant de lourds seaux / dont l’eau giclait par-dessus bord. L’une d’elle chante en patois ») puis se déroulent doucement jusqu’à l’inéluctable, (« Je communie avec toi au sein de ma mort future. / De mon corps, il ne restera que ton nom / sur une feuille de papier / déchirée en lanières, qu’une main éparpillera »), dans une espèce de chronologie intime.

Une incarnation poétique

Cronce incorporée, Cronce assimilée, Cronce tatouée sur chaque parcelle du corps, gravée dans le cœur et la mémoire. Echange intime entre le corps-paysage et le paysage-corps. Paysage extérieur devenu paysage intérieur aussi vrai que nature, inoubliable, inoublié, donné par éclats végétaux, minéraux, animaux, humains comme les délicats fragments des monotypes de Michèle Dadolle, empreintes inaltérables des lambeaux de ce village, illustrant les poèmes dans un désir de concision pour accéder à l’essentiel, à la quintessence, au sublime, tout en déployant une délicate émotion. Corps morcelé (« ma tête », « ma joue », « mon visage », « ma peau », « mes yeux »…) dispersé, incorporé au village (« Mes pieds sont plantés dans la roche / au plus profond de ta chair »), aux animaux (« Mes canines sont celles du renard »), aux éléments naturels : « Mon front héberge ta montagne ». Village personnifié, humanisé auquel s’adresse le « je » de la poétesse, « Tu continues à écrire sur mon visage », dans un tutoiement exprimant la familiarité, la communion, l’empathie. Village doté d’une âme qui s’associe à elle, qui devient elle, « Souvent, dans le miroir, / c’est toi qui m’apparais / le visage voilé d’un marbre transparent », dans le paradoxal mariage de la dureté du marbre et de la légèreté de la transparence, de la dureté du minéral et de la légèreté de la vie. Fusion particulière et extraordinaire, incarnation poétique novatrice !

Cet échange intime et complice entre la poétesse et son village, ce glissement, cette coulée de l’un à l’autre, entraînent le lecteur dans un univers métaphorique magique, suscitant une réalité poétique inattendue, nouvelle et novatrice.

- par JEAN-PAUL GAVARD-PERRET, sur son site "Le salon littéraire" :

"Cronce pour tout lieu" : Chantal Dupuy-Dunier
Thèmes Poésie

Jean-Paul Gavard-Perret 17/05/2022

Cronce en corps clôt le triptyque sur un petit village de Haute-Loire qui devient mythique. Au paysagisme premier fait place une poésie des profondeurs à travers un tel lieu.
Il est autant premier que dernier même si l’auteure – dit-elle – s’effondrera loin de lui car écrit-elle : On meurt toujours loin de... Mais du berceau au caveau, le lieu restera celui de l’élection suprême dans ses réseaux d’osier et sa terre labourée de sillons.

Demeure un chant majeur adressé à cette cronce, aux rares étés / et aux flammes de truites vertes. Tout en marqué par un étrange appel vers une fin qui peut surprendre.
Mais n’est-ce pas pour mieux retenir ce qui un jour s’évanouira non par disparition d’un tel espace mais par l’effacement de celle qui y aura vécu et qui sera partie habiter un autre espace.

(Chantal Dupuy-Dunier, Cronce en corps, Les Lieux-Dits, avril 2022, 90 p.-, 18€)

- Chantal Dupuy-Dunier, Cronce en corps,
par MATHIAS LAIR :

UN ÉROTISME PAYSAGER

C’est la troisième fois que Chantal Dupuy-Dunier écrit depuis Cronce. Il y a quinze ans déjà, elle évoquait le lieu dans "Creusement de Cronce" (Voix d’encre) ; puis en 2015, dans "Pluie et neige sur Cronce Miracle" (Les Lieux-Dits). Depuis qu’elle et son compagnon ont quitté ce village de la Haute-Loire celui-ci ne compte plus que 71 habitants… contre 460 en 1793... À lire, on comprend que c’est un hameau perdu entouré de forêts et de prairies – comme tant d’autres ? Pas pour Chantal !
D’où le programme d’écriture qu’elle se donne pour ce recueil :

Cronce, ta voyelle ouverte
la première que prononcent les enfants,
est devenue ma bouche.

C’est ton syllabaire que je cherche à transcrire
sur une portée poétique.
Car la poète a dû quitter ce lieu définitivement pour une raison qui restera inconnue :
Je t’ai quittée, Cronce, sans me retourner.
J’ai dû abandonner la maison simple,
le jardin,
ses marches
où nous avions enterré des écrits dans une bouteille.

Pourquoi ce titre, Cronce en corps ?
Qui a aimé un pays, ses courbes et ses vallons, ses herbes tendres et ses ombres intimes comprend ce qui est au cœur du poème de Chantal Dupuy-Dunier : à le parcourir de la plante de ses pieds, à le caresser du regard on y discerne un grand corps que l’on chérit.
Chantal va plus loin, entre ce vaste corps et le sien s’opère une osmose : de l’une à l’autre, « mon sang bat dans tes veines » écrit-elle ; de l’autre à l’une, elle dit des traces du travail des paysans : « je porte ces signes tatoués dans ma chair ».
Chacun des poèmes nous raconte une des mille versions de cette union des corps. Et l’on se souvient que chez les Grecs, la terre s’appela Gaïa, la mère primordiale. Est-ce pourquoi Chantal y discerne « le delta de mes origines et de mon nom » ?

Ta peau, qui recouvre les os de la vallée,
est devenue mienne.
Ton relief accentue mes pommettes, mon menton,
gonfle les artères de mon cou.

Cette grande union avec la terre, je ne la conçois que dans la joie d’amour. Si la poète a arpentée amoureusement ce lieu, y fut-elle elle-même vue comme un paysage entier par un homme amoureux ?
Un court distique m’a lancé sur cette piste :

Nos mains se liaient, ardentes,
mes lèvres se multipliaient

Fut-elle vue par un homme comme un pays entier, avec ses odeurs de bois coupé, ses réseaux d’osier, ses nids tressés de brindilles, ses herbes courbées en boucle ? Un poème le donne à entendre :

Entre mes cuisses,
la mousse de ton sous-bois,
l’ombre mouvante de ta rivière,
ton creux originel.
Mon sexe est ta vallée.

Cronce est loin aujourd’hui. À jamais semble-t-il. Cronce que Chantal rejoindra un jour, « la mort murant ma bouche ». En attendant,
Tu continues à écrire sur mon visage.
Ta rivière continue à creuser son lit dans ma peau.
La fusion reste ardente, et la confusion : de qui s’agit-il en ces vers ?

Mes nombreuses citations auront donné au lecteur qui ne connaitrait pas l’autrice un aperçu de son écriture simple, directe, au lyrisme bien contenu. Il aura vu comment la poussée sensuelle de la langue fait éclore sous la plume de Chantal Dupuy-Dunier mille trouvailles, mille images – que ne déparent en rien, loin de là !, les nombreux monotypes de Michèle Dadolle qui émaillent ce beau livre.

- I.D. de CLAUDE VERCEY, 14 juin 2022 :
https://www.dechargelarevue.com/I-D-no-989-Cronce-dernier-accord.html

De Cronce, on ne revient pas, se sent-on obligé de conclure. Pourtant Pluie et neige sur Cronce Miracle (I.D n° 592) semblait bel et bien signifier les adieux de Chantal Dupuy-Dunier à ce village de Haute-Loire, village fossile écrit-elle aujourd’hui, aux bâtisses effondrées ajoute-t-elle plus loin, où elle s’était installée avec son compagnon pour des heures heureuses et que nous a fait connaître un premier livre : Creusement de Cronce aux éditions Voix d’Encre, qu’accompagnaient déjà les interventions plastiques de Michèle Dadolle, comme aujourd’hui en ce qui constitue le troisième volet d’une trilogie : Cronce en corps, aux éditions Les Lieux-dits, comme l’ouvrage précédent.

Cronce encore, est-on d’abord tenté de lire. Pourtant, la situation est bien telle que nous l’avions comprise, les premiers vers de ce qui constitue moins un recueil qu’un unique poème fragmenté sur quelque 80 pages sont sans ambiguïté :

Je t’ai quittée, Cronce,
sans me retourner.
J’ai abandonné la maison simple,
le jardin,
ses marches
où nous avions enterré des écrits dans une bouteille,
notre petit sapin planté dans la cour,
les chats qui venaient en hiver.

(vers qui nous surprennent moins qu’ils devraient : ils avaient fait l’objet d’une préédition au moins partielle dans Décharge 177 de mars 2018, elle-même précédée par la mise en ligne de quelques échantillons tirés de l’ensemble dès octobre 2017).

Mais le titre n’est pas que jeu des mots : la poète a bien ce village, - ou est-ce seulement ce nom de Cronce -, chevillé au corps, comme le soutient la métaphore filée tout au long des pages, où la maison abandonnée et le corps de la femme se mêlent, se confondent, en une seule incarnation.

Ta peau, qui recouvre les os de la vallée,
est devenue mienne.
Ton relief accentue mes pommettes, mon menton,
gonfle les artères de mon cou.

Des rides creusent ton visage,
la pluie ruisselle dans leurs ravins
entre éphélides et feuilles sèches.

L’identification est poussée (creusée, est-il suggéré par l’auteure, qui n’a de cesse de travailler, autant que les images, le nom de Cronce) très loin entre le lieu et la personne, jusqu’à leur reconnaître des blessures identiques, jusqu’à lier leurs destins dans le vieillissement, la maladie, la mort :

Mon sein palpite de nouveau,
mais loin de toi.
C’est le sort qui me fut jeté.
Quelqu’un plantait des aiguilles
dans la poitrine d’une poupée à mon image.

J’écris sur un glaive horizontal
tranchant comme la route de tes crêtes.
Sang de la roche où fut blessée la montagne.
Sang de ma chair où le scalpel a tranché.

Je communie avec toi au sein de ma mort future, écrira Chantal Dupuy-Dunier, dans un des textes qui closent le livre.

Repères : Chantal Dupuy-Dunier : Cronce en corps. Monotypes de Michèle Dadolle . Éditions Lieux-dits ((Zone d’Art – 2 rue du Rhin Napoléon – 67000 Strasbourg).) 90 p. 18€.

- Extraits choisis par ANGELE PAOLI
pour : "Poésie d’un jour" sur Terres de femmes

Cronce en corps

" ... Reflet de mon cou ployé sur le ruisseau... "

La paume de tes pierres,
ma joue contre …
Brûlante sensation de froid.

Souvent, la houle de mes rêves
ramène ton nom
sur la plage de mon front.

Mes squames et mes cheveux
garnissent les nids en haut des hêtres.

Tu continues à écrire sur mon visage.
ta rivière continue creuser son lit dans ma peau.
Réseau d’osiers,
tiges de plus en plus serrées,
et, sous mes yeux,
les pattes d’un héron.
Ta terre,
labourée de sillons.

Ta peau, qui recouvre les os de la vallée,
est devenue mienne.
Ton relief accentue mes pommettes, mon menton,
gonfle les artères de mon cou.

Des rides creusent ton visage,
la pluie ruisselle dans leurs ravins
entre éphélides et feuilles sèches.

Mon visage porte le masque du tien.
si on l’arrachait,
on pourrait voir
le rocher d’où naît ta source,
au fond de ma gorge.
Reflet de mon cou
ployé sur le ruisseau.

Chantal Dupuy-Dunier, Cronce en corps, Monotypes de Michèle DADOLLE, Les parallèles croisées/ Les Lieux-Dits éditions, 2022, pp.20,21, 22,23.

- Note de lecture publiée par JACQUES MORIN dans la revue "DECHARGE" numéro 195 de septembre 2022 :

- Note de lecture de DENIS HEUDRE dans BABELIO au sujet de "Cronce en corps" (Les Lieux Dits, collection "Parallèles croisées", avec des monotypes de Michèle Dadolle) :
"Interroger l’identité, c’est interroger le lieu" écrivait Jean-Michel Maulpoix dans une analyse du recueil "Du mouvement et de l’immobilité de Douve" d’Yves Bonnefoy. C’est ce rapport entre l’être et le lieu de l’être que Chantal Dupuy-Dunier a choisi d’étudier dans son dernier ouvrage "Cronce en corps" publié par les éditions Les Lieux-Dits.
Cronce est ce petit village de Margeride en Haute-Loire (71 habitants au recensement de 2019, peut-être moins depuis...) où l’autrice et sa famille ont choisi de trouver racine. On s’attache à un lieu, le sol devient nôtre même si l’on en n’est pas propriétaire.
Petit à petit, le lieu prend matière dans les arbres, les oiseaux, les végétaux, les animaux, le vent, la pierre, l’eau, le ciel, la langue, les parfums, la lumière, les bruits, les souvenirs mais aussi le feu qui "crépite encore / d’un râle incandescent".
Puis le lien devient physique : "Cronce, ton "o" est la preuve / de mon cordon ombilical." Et c’est en cette relation avec le corps que Chantal Dupuy-Dunier explore dans une langue peut-être plus accessible que ces deux figures tutélaires que sont Yves Bonnefoy pour le lieu et Bernard Noël pour le corps.
Prendre lieu c’est faire corps, au tout près des sensations, avec ses origines. L’autrice alors, pour interroger le lieu, interroge le corps :
"Je respire par tes narines","Tu continues à écrire sur mon visage. Ta rivière continue à creuser son lit dans ma peau." "Mon corps, façonné par tes saisons", "pétri de ta terre".
Même si un jour il faut se résigner à quitter le lieu
"Le souvenir de tes pierres / apaise la dernière image, / celle d’une cheminée qui ne fume plus."
Cet ouvrage est le dernier volet d’un triptyque où les textes et les belles illustrations de la plasticienne Michèle Dadolle sont très bien mis en valeur par Germain Roesz l’éditeur strasbourgeois au nom tout à fait en rapport avec le propos de l’autrice."

- Note de lecture de JACQUELINE PERSINI pour la revue "RECOURS AU POEME" (21 novembre 2022) :
Dans la revue "Recours au poème" : Cette note de lecture de Jacqueline Persini au sujet de "Cronce en corps" Monotypes de Michèle Dadolle, Les Lieux-Dits, Les parallèles croisées, 2022, 87 pages, 18€.
Chantal Dupuy-Dunier reprend autrement son histoire avec Cronce, petit village que son art a rendu mythique. Dans "Creusement de Cronce" 1, déjà elle recueillait la parole vivante des pierres avec lesquelles elle entretient toujours un rapport intime d’autant plus que le prénom Chantal signifie caillou, pierre. Avec "Pluie et neige sur Cronce Miracle" 2, s’est poursuivie la sculpture du lieu, enrobant passé et présent. Il semble qu’elle aille plus loin ici dans l’appropriation du village qu’elle identifie à son corps.

Dans la première et la dernière page, se trouve une allusion à Orphée : « un dernier regard et tu aurais disparu. » Cependant, c’est avec sa chair, avec son sang que l’auteur fait exister encore ce lieu où s’ancrent ses racines. « Ton souvenir est-il un présent / ou un maléfice ? » Pour marcher encore, elle a besoin d’y revenir et même de s’incarner en lui. « La rivière continue à creuser son lit dans ma peau » … « je respire par tes narines » … « tu parles par mon ventre, mes poumons, ma gorge. » De manière pudique, elle évoque la violence de la maladie qu’elle a subie : « Sang de ma chair où le scalpel a tranché. » Mais elle puise dans la verticalité des arbres celle de ses jambes et aussi une grande force dans la sensualité du corps et des mots, toujours présente dans ses recueils : : « entre mes cuisses, / la mousse de ton sous-bois » … « mon sexe est ta vallée. » Le berceau qui l’a accueillie deviendra tombeau, elle le sait et l’imagine : « lorsque ma gorge demeurera béante sur un dernier mot, / peut-être ton nom, /tu te tairas avec moi ».

Ainsi l’écriture tente de s’opposer à l’effacement, à la mort, comme les monotypes de Michèle Dadolle, qui depuis 20 ans, accompagnent superbement la poétesse dans ses chemins d’ombre et de lumière.


  • Frédérique Chassaniol, Dominique Mottet et moi, accompagnées par Lionel Michel (...)
  • Une assistance nombreuse
  • Les récitantes
  • Chantal Dupuy-Dunier
  • Librairie Grenouille, Langeac, 17 juin 2022, avec Pascal Proton et (...)

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